À l’occasion du Women’s Gathering organisé par Nation2Nation à Prince George, nous avons entendu une vérité profonde émerger des voix, des nations et des leaders rassemblées : nos enseignements de leadership les plus riches ne partent pas de salles de conseil ni d’institutions; ils prennent racine dans le lien maternel et dans la terre elle-même. Lors d’un panel réunissant des dirigeantes autochtones de divers paliers de gouvernement, il n’a pas été question de titre ni de hiérarchie. Elles ont plutôt parlé de leurs ancêtres, de leurs relations et d’enseignements transmis d’une génération à l’autre.
Elles ont longuement parlé de leur « Mère ». Cette qualité de mère ne désigne pas seulement une personne, mais aussi un rôle, une responsabilité et une source de savoir. Elle comprend les mères biologiques, les matriarches élues, les grands-mères, les tantes et d’autres femmes qui portent une sagesse en elles, ainsi que la Terre mère. Ensemble, elles forment un cadre vivant pour un leadership ancré dans le soin, l’imputabilité et un sens profond de responsabilité envers les autres.

Pour bon nombre de leaders autochtones, les mères sont les premières enseignantes. Elles transmettent leur langue, leur culture et leurs valeurs, ce qui façonne l’identité de la personne bien avant la reconnaissance officielle de son leadership. Ces enseignements souvent discrets marquent profondément les esprits : écouter avant de parler; observer avant d’agir; comprendre sa place dans un ensemble plus grand que soi. Ces assises font du rôle de leader, non pas un titre revendiqué, mais un rôle dans lequel nous grandissons, transformées par l’expérience, guidées par nos valeurs, enracinées dans nos relations et, souvent, investies d’un sens du devoir.
Les conférencières ont partagé des récits qui, au lieu d’aborder le pouvoir formel, étaient centrés sur le vécu des leaders : des mères et des grands-mères exemplaires par leur résilience, leur constance et leur engagement indéfectible envers leurs familles et leurs communautés. Elles ont fait preuve d’une force qui ne repose pas sur le contrôle ou la visibilité, mais sur la présence : être là, accompagner les personnes qui traversent des épreuves et prendre des décisions qui mettent le bien-être collectif avant les intérêts personnels. Ce savoir-être n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Un autre constat, c’est que ces enseignements ne restent pas au stade d’idées; ils se transforment en actions. Ils façonnent des leaders qui agissent pour le bien, même quand c’est difficile, et qui osent assumer des responsabilités, même quand elles sortent de leur zone de confort ou des conventions. Ce n’est pas que l’ambition, mais aussi le respect qui motive nos actions. Le respect envers les personnes qui nous ont enseigné, celles que nous représentons et les responsabilités qui nous sont confiées. C’est ce respect qui donne aux dirigeantes le courage de se faire une place dans de nouveaux espaces et d’y faire entendre leur voix en incarnant toujours leurs valeurs, même quand il serait plus facile d’y renoncer.
Un autre aspect fondamental de ces enseignements, c’est le rôle de guide de la Terre mère. Pour de nombreux peuples autochtones, le territoire n’est pas vu comme une ressource qu’on gère, mais comme un membre de la famille qu’on doit respecter. Le territoire transmet des savoirs par ses rythmes et ses motifs. Les saisons illustrent la temporalité et le renouveau. Les rivières démontrent la persistance et l’adaptabilité. Les écosystèmes reflètent l’importance d’un équilibre et de l’interdépendance. Un leadership nourri par ces enseignements sera tourné vers le long terme. Il s’interroge non seulement sur ce qui est possible maintenant, mais aussi sur ce qui est soutenable pour les générations à venir.
Or, cela crée un autre type d’imputabilité. On rend des comptes, non seulement aux parties prenantes ou aux systèmes, mais également à nos ancêtres, à la communauté et au territoire. Les décisions sont mesurées à l’aune des résultats, mais aussi de leurs répercussions sur les relations et sur l’avenir. Cette forme de leadership accorde plus d’importance à la réciprocité qu’au transactionnel, à la responsabilité qu’à la reconnaissance.
Pour les chefs d’entreprise et leaders communautaires autochtones, ce modèle offre une voie d’avenir ancrée dans leur culture. Les valeurs passent avant la visibilité, la réussite collective avant la réussite individuelle et la mission avant la vitesse. Ce modèle remet en question les normes de leadership conventionnelles qui font des actions urgentes et de grande ampleur une priorité. Il mise plutôt sur des actions réfléchies, équilibrées et intentionnelles.
L’une des idées les plus frappantes parmi celles évoquées à la rencontre, c’est la redéfinition de la force. Dans les modèles de leadership dominants, la force est souvent associée à l’esprit de décision, au pouvoir et au contrôle. Les traditions matriarcales l’associent également au soin, à l’humilité et à la résilience. C’est la capacité d’affronter les temps incertains avec la communauté, d’écouter avec attention pour lire entre les lignes et de rester fidèles à notre identité, même dans les lieux où elle est absente.
Loin d’être passif, ce leadership exige de la rigueur et beaucoup de courage. Il demande d’accepter la complexité et d’accorder la priorité aux relations, tout en dirigeant avec fermeté et compassion. Cette forme de leadership n’est pas toujours la voix qui résonne le plus fort, mais souvent celle qui résonne le plus longtemps.
S’il est vrai que ces enseignements sont profondément enracinés dans les cultures autochtones, ils existent aussi ailleurs. Cette idée que les mères et les figures maternelles influencent la formation de notre identité et de notre style de leadership transcende les cultures. Or, les perspectives autochtones nous proposent une expression plus complète et visible de cette vérité en l’appliquant au-delà de l’influence maternelle et de la sphère domestique, jusqu’au monde des affaires, à la gouvernance et au milieu communautaire.
Les échanges à l’événement de Nation2Nation nous rappellent que le leadership n’a pas besoin de crier pour montrer sa force. Il peut être calme, fondé sur les relations et avoir des racines plus profondes que n’importe quel poste ou titre. Dans un monde marqué par les ruptures et les changements rapides, le leadership matriarcal nous ramène à l’essentiel : la sagesse, le lien et la responsabilité.
Au départ, je participais au rassemblement de Nation2Nation pour le développement des affaires. Je voulais réseauter, nouer des relations et proposer mon savoir-faire, que je jugeais fidèle au contenu fondé sur les valeurs de Global Philanthropic Canada et dont je me réclame avec fierté. Je suis partie avec une compréhension approfondie de ce que je peux vraiment offrir. Ce qui m’a marquée, c’est la redéfinition du leadership comme tel. Au-delà de l’esprit de décision et du pouvoir, il s’incarne dans le soin, l’humilité et la résilience, ainsi que la capacité d’affronter les temps incertains avec la communauté, d’écouter avec attention pour lire entre les lignes et de rester fidèles à notre identité, même dans les lieux où elle est absente.

J’ai vu d’autres personnes honorer leurs influences matriarcales, ce qui a créé un espace pour célébrer les miennes et pour reconnaître que, même si elles ne sont plus, leur effet formateur continue de guider ma manière d’être. Je comprends mieux que ces valeurs reçues sont un aspect essentiel de mon parcours professionnel, et non un monde à part.
J’entrevois la suite avec une volonté renouvelée d’intégrer ces enseignements dans mon travail. Exercer un leadership intentionnel. Miser sur les relations plutôt que les transactions. Écouter avant de conseiller. Investir l’espace avec détermination et respect, même si je dois sortir de ma zone de confort.
S’enraciner dans les enseignements de nos ancêtres et incarner une force tranquille, mais inébranlable. C’est ce genre de leadership qui guide les communautés, tout en assurant leur viabilité.
À propos de l’autrice : Judy est le genre de leader capable de parler de financement d’entreprise le matin, puis d’investissement socialement responsable à midi, tout en trouvant le temps de plonger à plusieurs reprises dans les eaux glaciales de Prince George (à -32 °C en novembre) pour la campagne « Chillin’ 4 Charity ». Conseillère principale dans l’équipe du Pacifique de Global Philanthropic Canada, elle cumule trente ans d’expérience à la direction de fondations, notamment la Spirit of the North Healthcare Foundation, la Prince George Community Foundation et la Central Okanagan Foundation. Détentrice du titre IAS.A, Judy se passionne pour l’alignement des retombées avec la mission. Elle conseille les donateurs et les conseils d’administration avec humour et chaleur, en déployant son talent inusité pour transformer les défis complexes en changements concrets pour la collectivité. Pour tout vous dire, son bain glacial la fait encore frissonner.


