Bénévolat, sentiment d’appartenance et les communautés qui nous ont vus grandir

Ma première expérience du « bénévolat » est ancrée dans les attentes de ma famille et de ma communauté. En tant que Canadienne-Filipine de deuxième génération, j’ai grandi avec l’impression d’être une traductrice entre deux mondes. À travers le prisme des obligations familiales et du catholicisme, donner de soi ressemblait beaucoup à une générosité sans limites. Le travail invisible de ma mère, de ses sœurs et de mon père, qui est l’aîné de sa famille, reposait sur le devoir et l’obligation de servir. Je me suis toujours demandé : quand est-ce que c’est assez, assez ? Quand peut-on dire : « Non, ce n’est pas possible pour moi en ce moment » ?

Quand j’ai commencé à explorer ma propre identité, et même ma maturité émotionnelle, ce sont mes parents qui m’ont dit : « si tu peux aider quelqu’un, ne dis pas non. » Ce n’était pas par force ou par peur, mais c’est ainsi que le monde était présenté pour eux. Les obligations familiales ne comportaient pas la possibilité de dire autre chose que oui.

Source : Bonvallite — Œuvre personnelle, sous licence CC BY-SA 3.0

Au secondaire, j’ai commencé à faire du bénévolat avec des camarades pour du porte-à-porte au profit de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC. Je suppose que je fais de la collecte de fonds depuis plus longtemps que je ne m’en souviens ! Faire du porte-à-porte avec des amis, amasser des fonds pour une cause qui a du sens, ça m’a donné un sentiment d’appartenance et c’était clairement le début de ma carrière naissante en collecte de fonds.

Après l’université, ma première expérience sur un conseil d’administration, c’était une invitation que j’ai reçue avec honneur. À l’époque, je faisais de l’organisation communautaire avec le Philippine Women’s Centre of BC pour soutenir les Philippins, surtout les femmes et les familles qui venaient tout juste d’arriver au Canada. Le Programme des aides familiaux résidants (PAFR) battait alors son plein et était pratiquement la solution nationale par défaut pour les garderies et les soins aux aînés. La majorité des participantes au PAFR étaient des femmes philippines avec de l’expérience professionnelle et une formation solide, qui travaillaient déjà à l’étranger pour faire vivre leur famille. Leur formation et leur expérience en santé, en garde d’enfants, en affaires et dans les carrières en STIM n’étaient pas reconnues par les structures canadiennes, alors le chemin vers la résidence permanente passait par le PAFR. Cette expérience m’a aussi aidée à nourrir mon identité philippine et m’a donné un contexte et un petit aperçu de l’histoire migratoire de ma famille et de notre place au Canada.

Une autre expérience sur un conseil d’administration m’a encore une fois été proposée par quelqu’un que j’admirais. Je me suis sentie vue par une pair et investie d’une responsabilité qui comptait. Ces expériences m’ont appris que j’avais encore beaucoup à apprendre, surtout sur les questions à poser quand on est invitée à assumer une vraie responsabilité en gouvernance.

D’autres expériences de bénévolat qui ont été marquantes pour moi, et plus positives, sont mes rôles de mentore. Je blague souvent que j’ai l’impression de retirer plus de l’expérience que mes mentorés. C’est un travail vraiment gratifiant. J’ai souvent besoin qu’on me rappelle que le monde est généralement un bon endroit.

À mesure que ma carrière évoluait, passant de bénévole et organisatrice communautaire à collectrice de fonds et professionnelle en gouvernance, j’ai commencé à reconnaître des valeurs familières sous un nouveau vocabulaire. Des concepts comme la gestion des donateurs, l’engagement bénévole et la philanthropie décrivaient souvent des comportements et des relations que j’avais déjà vus en grandissant. La différence, ce n’étaient pas les valeurs elles-mêmes, mais plutôt la façon dont elles étaient formalisées et reconnues dans les institutions.

Ça m’a pris des années à travailler dans la collecte de fonds et le leadership communautaire pour réaliser que plusieurs des valeurs avec lesquelles j’ai grandi étaient déjà ancrées dans la philanthropie, même si ma famille et ma communauté n’ont jamais utilisé ce mot-là.

Dans bien des communautés racisées, la générosité ne passe pas seulement par l’argent ou par des organismes de bienfaisance officiels, mais aussi par les soins qu’on donne, le mentorat, l’organisation communautaire et le fait d’être là les uns pour les autres. Dans la culture philippine, des notions comme le bayanihan (l’entraide collective) et le kapwa (notre lien les uns aux autres et notre humanité commune) parlent de soins collectifs, d’interconnexion et de responsabilité envers son prochain. Ces valeurs ont guidé ma façon de comprendre le service bien avant que je connaisse des mots comme « gestion des donateurs », « mobilisation bénévole » ou même « philanthropie ».

Source : Ranieljosecastaneda — Œuvre personnelle, sous licence CC BY-SA 4.0

Le temps qu’on donne, c’est un cadeau. Le bénévolat, ce n’est pas juste du service. C’est aussi une question d’appartenance, de contribution, et de se sentir relié à quelque chose de plus grand que soi. Ça ouvre une porte pour que les gens s’impliquent dans des causes qui comptent pour eux, et ça nous rappelle que la générosité peut prendre toutes sortes de formes. La philanthropie, ça peut passer par des dons d’argent, mais aussi par le service, le mentorat, les soins, la défense de causes, l’organisation dans sa communauté, l’écoute, le fait de nourrir le monde et d’être présent pour les autres.

Dans bien des communautés, ces formes de générosité ont toujours existé, même si on ne les a pas toujours appelées de la philanthropie. Bien des communautés ont toujours fait de la philanthropie, même quand les institutions ne le nommaient pas comme ça. Plus j’avance en âge, plus je réalise que ces expériences ont façonné non seulement ma carrière en collecte de fonds, mais aussi ma façon de voir le leadership, la communauté et notre humanité commune.

Christina Panis est basée à Vancouver, sur les territoires non cédés des peuples Coast Salish. Fière Canadienne-Filipine de deuxième génération, elle est une leader engagée du secteur communautaire, qui mise sur une approche collaborative et intersectorielle dans son travail.

Maîtrisant l’anglais et le tagalog et ayant des connaissances fonctionnelles en français, Christina a à cœur de soutenir des organismes qui génèrent des changements durables au sein de leurs communautés.

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